Une exposition féline est organisée par un club félin. Mais qu'est-ce qu'un club félin ? Il s'agit en fait d'une association créée par des éleveurs félins dans le but de promouvoir une race ou un ensemble de races dans une région de France. Je fais personnellement partie du Club Européen de l'Angora Turc. Un club est composé d'un président et d'adhérents, il peut être de plus ou moins grande importance, en fonction du nombre d'adhérents et du prix de la cotisation.
Les plus grands clubs ont donc les moyens financiers d'organiser une exposition féline : il faut louer une salle, faire un peu de pub, se faire reconnaître par le LOOF, inviter des juges (4 au minimum) et croiser les doigts pour qu'un maximum d'éleveurs et de particuliers s'inscrivent et remboursent les frais engagés : eh oui !! il faut payer pour participer à une exposition féline, et il n'y a rien à gagner !
Or des conflits d'intérêt apparaissent très rapidement, hélas. Quand j'ai amené Cartoon à sa première expo, je suis arrivée, encore naïve et bourrée d'illusions, pensant qu'un juge était impartial et pourrait me donner un avis neutre sur mon chat, puisque moi-même je n'y connaissais rien. Une éleveuse d'angoras turcs que j'ai croisée là-bas m'a mise dans le bain tout de suite en me disant que le monde des expos félines est encore plus pourri que celui des courses hippiques. Et j'ai malheureusement pu le constater de moi-même peu de temps plus tard.
Un président de club organise l'expo de bout en bout, s'occupe notamment du confort des juges (qui viennent eux aussi gracieusement !), passent du temps auprès d'eux. Mais en même temps lui-même peut aussi présenter ses chats à ces juges dont on peut alors douter de l'impartialité. Un président de club peut aussi être juge et donc favoriser les éleveurs membres de son club en faisant "sortir" leurs chats au moment du jugement. Un juge est souvent propriétaire de chats de race, voire éleveur, et il participe alors à des expos et cotoye les juges qu'il connaît bien... Je pourrais multiplier les exemples presque à l'infini. Bref ce mélange des genres n'est pas le côté le plus reluisant des expositions félines. Il est cependant à noter que certains juges sont parfaitement intègres et évitent les copinages en gardant au maximum leur impartialité. J'ajoute "au maximum" car ce sont des êtres humains, pas toujours infaillibles, souvent plus sensibles à une race, qu'il favoriseront davatange au moment des nominations au Best In Show (BIS). C'est un constat que je fais, sans aucune amertume, je ne le déplore pas, au contraire, il est bon que chaque juge exprime sa sensibilité, dans la limite du raisonnable ! Le souci c'est qu'ils tombent souvent dans une sorte d'uniformisation de la pensée : ce sont presque toujours les mêmes races qui sont favorisées, notamment chez les poils mi-longs. On aime les Norvégiens, les maine coons, les birmans, mais au-delà, c'est un peu le néant. Une juge, pendant le jugement du BIS, pour lequel Catoon était nominé n'a pas hésité à dire à une de ses collègues qu'elle n'aimait pas la race ! Une autre m'a dit en jugement qu'elle n'avait rien à lui reprocher (c'est extrêmement rare!), l'a nominé au BIS mais n'a pas pour autant voté pour lui... Ceci étant dit, beaucoup d'éleveurs se cachent souvent et trop facilement derrière cette excuse pour ne pas avoir à reconnaître les défauts de leurs chats.
Tirer son épingle du jeu à une exposition féline demande une grande persévérance, tournant presque à l'acharnement. Ah !! Il ne faut pas avoir peur que les oreilles sifflent, non plus. D'autant plus si, comme c'est mon cas, on débarque la bouche en coeur, avec un seul chat et qu'il passe parfois devant ceux des éleveurs, qui "font" du chat depuis plusieurs années. Mais il faut voir les choses du bon côté, ça peut avoir un côté jubilatoire, surtout si on joue les ingénues !
Cartoon et son frère, le nez en l'air.